Telescopes Meade

Soyons directs : Meade a fait faillite en juillet 2024. La production s’est arrêtée, les bureaux ont fermé, les salariés ont été licenciés. Concrètement, ça signifie que vous ne trouverez que des stocks existants en boutiques spécialisées et le marché de l’occasion. Pourtant, cette situation crée aussi des opportunités : les télescopes Meade restent techniquement excellents, et certains modèles deviennent de véritables pépites d’occasion. De la série Infinity (165-220€) pour débuter jusqu’aux mythiques LX200 (jusqu’à 8190€ à l’époque), ces instruments conservent leur qualité optique intacte. Le verdict ? Un choix malin en occasion si vous savez quoi chercher, mais risqué en neuf sans garantie de suivi. Sous notre listing produit on vous dit tout : ce qui s’est passé, quels modèles valent encore le coup, et comment ne pas se tromper.

Situation de Meade en 2025 : que s’est-il passé ?

La faillite de juillet 2024 expliquée simplement

Le 9 juillet 2024, Orion Telescopes & Binoculars (propriétaire de Meade depuis 2021) dépose le bilan. Les portes se ferment, tous les employés sont licenciés. Conséquence immédiate : plus aucune fabrication, plus de service après-vente officiel.

Orion avait racheté Meade en 2021 après un procès antitrust retentissant. La marque américaine et son concurrent Celestron, tous deux passés sous pavillon chinois (respectivement Ningbo Sunny Electronics et Synta Optical), s’étaient entendus pour fixer les prix. Orion gagne le procès, empoche 50,4 millions de dollars de dommages, récupère Meade… et s’effondre trois ans plus tard, victime de problèmes d’approvisionnement aggravés par la crise du Covid. Les importations en Europe avaient déjà cessé en 2022.

Pour vous, astronome amateur ou débutant curieux, ça change quoi concrètement ? Trois choses essentielles : les télescopes Meade neufs proviennent désormais de stocks limités chez les revendeurs ; aucune garantie constructeur ne sera honorée efficacement ; et les pièces détachées dépendent de ce qui reste en circulation. Mais attention : la qualité optique d’un télescope ne disparaît pas avec la faillite de son fabricant.

50 ans d’histoire résumés 🔭

Meade naît en 1972 dans le sillage de la conquête spatiale, quand observer le ciel devient une passion populaire. L’âge d’or démarre vraiment dans les années 1990 avec une innovation qui change tout : les télescopes à pointage automatique GoTo. Imaginez : vous saisissez « M31 » (la galaxie d’Andromède) sur un petit clavier, et votre télescope pivote tout seul pour la pointer. Magique pour l’époque.

Meade et Celestron se livrent alors une guerre commerciale acharnée, jalonnée de procès pour violations de brevets. Cette rivalité, bien que juridiquement épuisante, pousse les deux marques à innover constamment. En 2004, Meade est au sommet : l’entreprise rachète Coronado, spécialiste des filtres solaires H-alpha, démocratisant l’observation des protubérances solaires.

Mais les vents tournent. La vague chinoise arrive : des télescopes corrects à prix cassés inondent le marché. Meade délocalise sa production à Tijuana (Mexique) en 2009, puis est racheté par Ningbo Sunny Electronics en 2013. Ce rachat chinois, a priori stratégique, devient le début de la fin. Les accusations d’entente illicite sur les prix avec Celestron mènent au procès de 2019, perdu en 2021. Orion récupère les clés d’un empire affaibli… avant de sombrer à son tour.

Qu’est-ce que ça change pour l’acheteur ?

Première réalité : les stocks neufs s’épuisent. Certaines boutiques spécialisées comme AstroShop ou Optique Unterlinden écoulent leurs dernières unités, mais une fois vendues, il n’y aura pas de réapprovisionnement. Les séries Infinity et Polaris disparaissent progressivement des rayons.

Deuxième point crucial : le SAV n’existe plus sous forme officielle. Si votre système Autostar (le cerveau électronique du GoTo) tombe en panne, vous devrez vous tourner vers des forums spécialisés (Webastro, Astrosurf), des clubs d’astronomie locaux, ou des réparateurs indépendants. La communauté Meade reste active et solidaire, mais ce n’est pas comparable à un service constructeur.

Troisième aspect, plus subtil : la valeur d’occasion se stabilise, voire grimpe pour certains modèles collectors. Un LX200 en excellent état devient une pièce recherchée, car on sait désormais que le stock mondial est figé. C’est le même phénomène qu’avec les reflex argentiques Nikon FM2 : la fin de production crée une forme de rareté valorisante. 🌟

Mais voici une bonne nouvelle : l’optique ne vieillit pas (ou très peu). Un miroir Schmidt-Cassegrain de 2015 offre aujourd’hui la même qualité d’image qu’à sa sortie d’usine, à condition d’avoir été correctement entretenu. Les lois de la physique, elles, n’ont pas fait faillite.

Les télescopes Meade valent-ils encore le coup ?

Les points forts qui ne disparaissent pas

Levez les yeux vers Jupiter avec un Meade LX90, et vous verrez les bandes équatoriales aussi nettes qu’avec n’importe quel télescope concurrent du même diamètre. La qualité optique reste intacte, car elle dépend de la précision du polissage, du traitement antireflet des lentilles, et de la géométrie du tube. Rien de tout ça ne s’évapore parce qu’une entreprise dépose le bilan.

Les fameux systèmes ACF (Advanced Coma-Free) des séries LX corrigent l’aberration de coma mieux que les Schmidt-Cassegrain classiques. Résultat : des étoiles ponctuelles même en bord de champ. Cette prouesse technique, gravée dans le verre et l’aluminium, fonctionne toujours parfaitement en 2025.

Le système Autostar, cerveau des télescopes GoTo Meade, embarque une base de données de plus de 30 000 objets célestes. Certes, il ne recevra plus de mises à jour logicielles, mais la position de M42 (la nébuleuse d’Orion) n’a pas changé depuis 1990, et ne changera pas avant quelques millions d’années. Pour l’utilisateur lambda, cette « obsolescence » est purement cosmétique.

Compatibilité universelle : les oculaires Meade utilisent les standards 1,25″ et 2″ adoptés par toute l’industrie. Vos accessoires (filtres, Barlow, oculaires grand champ) fonctionneront parfaitement sur un Celestron, un Skywatcher ou tout autre télescope. Vous n’êtes pas coincé dans un écosystème propriétaire.

Enfin, la communauté reste vivante. Sur les forums francophones, des fils de discussion entiers sont dédiés au dépannage des Meade. Quelqu’un en Bretagne a probablement déjà résolu le problème exact que vous rencontrerez, et partagera la solution gratuitement. Cette solidarité entre observateurs compense en partie l’absence de SAV officiel.

Les limites à connaître avant d’acheter

Parlons franchement des risques. L’électronique reste le talon d’Achille. Une carte-mère Autostar grillée, un moteur de monture défaillant, une raquette de commande aux touches mortes : ces pannes électroniques, rares mais possibles, deviennent critiques sans SAV. Sur un télescope GoTo haut de gamme comme un LX200, l’électronique représente 30 à 40% de la valeur. Si elle lâche, vous héritez d’un excellent tube optique… avec une monture manuelle.

Les pièces détachées se raréfient. Ningbo Sunny Electronics ne produit plus, Orion a fermé. Les engrenages de motorisation, les câbles spécifiques Autostar, les miroirs secondaires : tout dépend désormais des stocks dormant dans les garages ou les arrière-boutiques. Certaines pièces se trouvent encore facilement (vis, contrepoids, oculaires standard), d’autres deviennent introuvables.

Pas de garantie constructeur efficace sur les stocks neufs restants. Certains revendeurs honorent leurs propres garanties (généralement 1 à 2 ans), mais au-delà, vous êtes seul. C’est acceptable sur une lunette Infinity à 165€, beaucoup moins sur un LX85 GoTo à 4580€. L’équation risque/prix penche différemment selon les modèles.

Un conseil éclairé : privilégiez les modèles à optique pure (sans ou peu d’électronique) si vous recherchez la fiabilité à long terme. Un Newton Polaris N 127/1000 sur monture équatoriale manuelle traversera les décennies. Un LX200 bourré d’électronique est plus excitant… mais aussi plus vulnérable. Choisissez selon votre profil : bidouilleur patient ou observateur qui veut juste regarder le ciel ? 🔧

Quels modèles Meade acheter en 2025 (neuf et occasion)

Les valeurs sûres encore disponibles

Série Infinity (165-220€) : voici les télescopes « premiers pas » de Meade. Le AC 70/700 (lunette achromatique de 70mm d’ouverture, 700mm de focale) et le AC 80/400 sont parfaits pour les enfants ou les adultes qui testent l’astronomie. Saviez-vous qu’avec seulement 70mm, vous distinguez déjà les quatre lunes galiléennes de Jupiter ? Elles apparaissent comme de minuscules points lumineux alignés de part et d’autre de la planète géante. Magique pour un premier contact.

Ces lunettes accumulent peu de risques : pas d’électronique capricieuse, juste de l’optique et une monture altazimutale (haut-bas, gauche-droite) simplissime. Si vous trouvez un stock neuf, foncez sans hésiter. En occasion, vérifiez juste l’absence de rayures sur la lentille frontale et la fluidité des mouvements de la monture. Prix d’occasion raisonnable : 100-150€.

Série Polaris (389-479€) : on monte en gamme avec le N 114/1000 et le N 127/1000, deux télescopes Newton (miroirs) sur monture équatoriale. Le diamètre de 114 ou 127mm capte suffisamment de lumière pour révéler la Grande Nébuleuse d’Orion (M42) avec ses volutes de gaz, ou la galaxie d’Andromède (M31) comme une tache floue mais bien visible. La monture équatoriale, une fois alignée sur l’étoile Polaire, permet un suivi manuel fluide de la rotation céleste.

Le AC 90/900 Polaris, une lunette achromatique de 90mm, excelle sur les planètes : la division de Cassini dans les anneaux de Saturne devient accessible par bonne nuit stable. Ces modèles représentent le meilleur compromis qualité/prix si vous trouvez du stock neuf. Conseil d’initié : la série Polaris tolère bien les bidouilles et upgrades (changement d’oculaires, ajout d’un moteur de suivi simple). En occasion, comptez 200-350€ selon l’état et les accessoires inclus.

Série LX (1390-8190€) : entrons dans le temple des télescopes GoTo haut de gamme. Ici, prudence maximale en neuf sans garantie SAV solide. Un LX85 GoTo à 4580€ qui tombe en panne après 13 mois vous laissera un goût amer. En revanche, ces modèles brillent en occasion si vous vérifiez minutieusement leur fonctionnement.

Les Schmidt-Cassegrain ACF (203mm, 254mm, voire 355mm d’ouverture) combinent compacité et puissance. Imaginez : un tube de 50cm de long qui offre 2000mm de focale grâce au repliement optique. La technologie ACF corrige l’aberration de coma, produisant des images nettes jusqu’aux bords du champ. Le système Autostar pointe automatiquement des milliers d’objets : tapez « M13 » (l’amas d’Hercule) et le télescope s’oriente seul vers cet essaim de 300 000 étoiles compactes. Pour l’astrophotographie, le suivi motorisé précis devient indispensable. 📸

Le marché de l’occasion : les pépites à chercher

ETX 70, ETX 90, ETX 125 : ces petits télescopes compacts (format « tube de chips » élargi) ont marqué les années 1990-2000. Leur électronique relativement simple vieillit mieux que celle des LX. Un ETX 90 en bon état (prix indicatif : 250-400€) reste un excellent « grab-and-go » : sortez-le en 2 minutes, pointez Saturne, rangez-le. La motorisation Autostar première génération est réparable par des amateurs avertis sur les forums.

LX200 classiques : la Rolls des télescopes amateurs dans les années 2000. Cherchez les versions GPS (début 2000) sauf si la puce GPS est défaillante (problème connu sur certains modèles). Un LX200 8″ (203mm) fonctionnel se négocie entre 2000 et 3500€ selon l’état et les accessoires. Vérifiez impérativement le suivi motorisé : allumez le télescope, lancez un alignement automatique (mode « Auto Align »), et observez si le pointage tombe pile sur les étoiles de référence. Un décalage de plus de 1° révèle un problème.

LX90 : le meilleur compromis prix/performance d’occasion. Plus récent que le LX200, souvent mieux entretenu, avec une électronique légèrement plus fiable. Prix marché : 1500-2500€ pour un 8″ complet (tube, monture, trépied, oculaires). Ces modèles se revendent facilement si vous changez de matériel plus tard, signe d’une valeur résiduelle stable.

LX85 : série la plus récente (années 2010), donc moins de kilométrage. L’électronique a bénéficié de quelques améliorations, mais reste vulnérable. En occasion, un LX85 GoTo complet tourne autour de 2500-3500€. C’est presque le prix d’un Celestron équivalent neuf avec garantie… À vous de peser le pour et le contre.

Grille de prix indicative 2025

Neuf (stocks restants) : les tarifs n’ont pas baissé malgré la faillite, car les revendeurs écoulent des stocks limités. Une lunette Infinity AC 70/700 reste à 165€, un Polaris N 114/1000 à 389€, un LX85 GoTo à 4580€. La différence ? Aucune garantie de continuité après épuisement des stocks, et un SAV incertain. Certaines boutiques offrent encore leur propre garantie (1 an généralement), renseignez-vous avant d’acheter.

Occasion – fourchettes réalistes :

  • ETX (70 à 125mm) : 150-400€
  • Série Polaris : 200-350€
  • LX90 (8″) : 1500-2500€
  • LX200 (8″ à 14″) : 2000-5000€ selon le diamètre et l’état
  • LX85 GoTo : 2500-3500€

Ces prix s’entendent avec accessoires de base (oculaires, chercheur, câbles, trépied). Un tube seul (OTA) sans monture vaut 40-50% moins cher. La prochaine fois que vous parcourez les petites annonces, vous saurez si le Meade à 1800€ est une affaire ou un piège. 💡

L’héritage Meade : ce que la marque a apporté à l’astronomie amateur

La révolution GoTo des années 1990

Avant Meade, pointer un télescope vers M31 (la galaxie d’Andromède) ressemblait à une chasse au trésor cosmique. Vous consultiez des cartes célestes, repériez les étoiles-guides, sautiez de constellation en constellation (technique du « star hopping »), et après 15 minutes de recherche… vous tombiez parfois sur votre cible. Parfois seulement.

En 1992, Meade lance le premier télescope grand public à pointage automatique : le LX200. L’idée paraît aujourd’hui banale, mais à l’époque, c’était de la science-fiction domestiquée. Vous aligniez le télescope sur deux étoiles brillantes, puis vous tapiez « M31 » sur une raquette de commande. Le tube pivotait automatiquement, les moteurs ronronnaient 30 secondes, et boum : Andromède apparaissait dans l’oculaire. Magique.

Cette innovation a démocratisé l’accès au ciel profond. Soudain, un débutant pouvait explorer 100 objets en une soirée, là où un observateur expérimenté en trouvait péniblement 20 manuellement. Les clubs d’astronomie ont vu affluer une nouvelle génération d’amateurs : moins patients peut-être, mais plus nombreux et tout aussi émerveillés.

Celestron a rapidement suivi avec son propre système GoTo, déclenchant une course à l’innovation qui a profité à tous. Les prix ont baissé, les fonctionnalités se sont multipliées, l’astronomie amateur est sortie de sa niche de passionnés austères pour toucher le grand public. Meade porte une part importante de ce mouvement. 🚀

Le système Autostar : une révolution ergonomique

Le contrôleur Autostar (lancé en 1999) a poussé le concept encore plus loin. Imaginez une raquette de commande avec écran LCD, boutons intuitifs, et surtout : une base de données de 30 000 objets célestes préchargée. Galaxies, nébuleuses, amas stellaires, étoiles doubles, satellites artificiels… tout était catalogué, décrit, localisable en trois clics.

L’interface « guided tour » (visite guidée) a particulièrement marqué les esprits. Vous sélectionniez « Tonight’s Best » (les meilleurs objets visibles ce soir), et l’Autostar vous proposait une liste personnalisée selon votre localisation et l’heure. Vous choisissiez « La nébuleuse d’Orion », le télescope pointait automatiquement, et un texte descriptif s’affichait : « Pouponnière d’étoiles située à 1350 années-lumière, visible à l’œil nu sous ciel noir… »

Pour des milliers d’amateurs, l’Autostar a été le premier guide du ciel interactif. Avant les applications smartphone, avant les logiciels de planétarium sur PC, il y avait cette petite raquette à cristaux liquides qui murmurait les secrets de l’univers. Certains utilisateurs nostalgiques conservent précieusement leur Autostar, même après avoir changé de télescope, simplement pour le plaisir de relire ces descriptions. C’était de l’astronomie narrative, pas juste de la technique froide.

La guerre des brevets Meade/Celestron : innovation par compétition

Entre 1985 et 2010, Meade et Celestron se sont affrontés dans une bataille juridique homérique. Chaque innovation majeure déclenchait un procès : système de mise au point, conception de la monture, algorithme de pointage GoTo, traitement optique des miroirs… Les deux marques s’accusaient mutuellement de violation de brevets, se traînaient devant les tribunaux américains, perdaient ou gagnaient des millions de dollars.

Paradoxalement, cette guerre a accéléré l’innovation. Pour contourner un brevet concurrent, il fallait inventer mieux. Celestron développait un système de réduction de focale ? Meade répliquait avec une technologie ACF (Advanced Coma-Free) plus performante. Meade lançait l’Autostar ? Celestron répondait avec le NexStar amélioré. Les deux marques se poussaient mutuellement vers l’excellence, et les astronomes amateurs récoltaient les bénéfices.

Certains observateurs comparent cette rivalité à celle d’Apple et Microsoft dans les années 1990-2000 : une compétition féroce qui profite finalement aux utilisateurs. Sans Celestron, Meade aurait peut-être stagné. Sans Meade, Celestron n’aurait pas été poussé à innover autant. L’émulation crée le progrès. 💡

Les modèles iconiques qui ont marqué l’histoire

ETX 90 (1996) : ce petit télescope compact au design futuriste (on aurait dit R2-D2 de Star Wars) a popularisé le concept de « grab-and-go ». Fini les mastodontes de 30 kg à monter pendant 45 minutes : l’ETX tenait dans un sac à dos, s’installait en 2 minutes, et offrait des performances honorables sur la Lune et les planètes. Des milliers d’exemplaires vendus, une icône du design industriel exposée au MoMA (Museum of Modern Art) à New York. Oui, un télescope au musée d’art moderne. Première et unique fois dans l’histoire.

LX200 GPS (2002) : l’apogée de la technologie Meade. Ce télescope embarquait une puce GPS qui calculait automatiquement sa position géographique au démarrage. Plus besoin de saisir manuellement latitude et longitude : vous allumiez, le télescope captait les satellites GPS (comme un Garmin de randonnée), téléchargeait l’heure exacte, et s’alignait quasi-automatiquement. Une prouesse technique qui semblait sortie d’un film de science-fiction. Certains modèles intégraient même une base de données d’images (Astronomer Inside) : vous pointiez M42, et une photo s’affichait sur l’écran pour comparer avec ce que vous voyiez dans l’oculaire.

Série Infinity (2010) : à l’opposé du spectre technologique, ces télescopes ultra-simples ont ramené l’astronomie à l’essentiel. Pas d’électronique, pas de complication, juste de l’optique honnête à prix mini. La série Infinity a introduit des milliers d’enfants et d’adolescents à l’observation céleste. Son design épuré (tubes blancs, montures noires) et sa facilité d’utilisation en ont fait un classique des cadeaux de Noël. Combien de futurs astronomes professionnels ont débuté avec un Infinity AC 70/700 à 165€ ? On ne le saura jamais, mais le chiffre est probablement élevé. 🎁

L’impact sur la communauté astronomique francophone

En France particulièrement, Meade a structuré une partie de la communauté amateur. Les forums dédiés (sections « Meade » sur Webastro et Astrosurf) ont vu naître des amitiés durables entre utilisateurs qui s’entraidaient pour résoudre des problèmes techniques. Des rencontres physiques s’organisaient : « star parties » où des propriétaires de LX200 comparaient leurs réglages, partageaient leurs astuces de collimation, échangeaient des oculaires pour tester différentes configurations.

Les clubs d’astronomie français comptent encore aujourd’hui des dizaines de Meade dans leur parc instrumental. Ces télescopes servent aux soirées d’initiation : un animateur place un LX90 sur Jupiter, lance le pointage automatique, et fait défiler 30 visiteurs ébahis devant l’oculaire. Le GoTo devient un outil pédagogique : pendant que le télescope pointe Saturne, l’animateur explique la structure des anneaux, la composition de la planète, les missions Cassini-Huygens. Sans perdre 10 minutes à chercher manuellement la cible.

Des observateurs professionnels ont aussi utilisé du matériel Meade pour des projets scientifiques : suivi de supernovae, détection d’astéroïdes, photométrie d’étoiles variables. Les LX200 de 14″ (356mm), couplés à des caméras CCD, offraient des performances proches de petits télescopes institutionnels, mais à un dixième du prix. Plusieurs découvertes d’astéroïdes ont été effectuées avec du matériel Meade. Pas mal pour une marque « grand public » !

La leçon d’une faillite annoncée

L’effondrement de Meade enseigne une réalité brutale : dans l’industrie moderne, la qualité technique ne suffit pas. Meade fabriquait d’excellents télescopes, innovait régulièrement, satisfaisait sa clientèle. Mais les décisions stratégiques hasardeuses (rachat chinois mal négocié, procès antitrust perdu, problèmes d’approvisionnement non anticipés) ont eu raison de 50 ans d’expertise.

C’est aussi l’histoire d’un marché qui a muté. Les télescopes chinois bon marché ont cassé les prix sans (trop) casser la qualité. Skywatcher vend aujourd’hui un Dobson 200mm à 500€, là où un équivalent Meade coûtait 1200€ dans les années 2000. Difficile de rivaliser quand la concurrence propose trois fois moins cher en maintenant 80% de la qualité.

Et puis il y a la révolution smartphone : pourquoi acheter un télescope GoTo à 3000€ quand une application gratuite (Stellarium, SkySafari) identifie instantanément les objets célestes en pointant votre téléphone vers le ciel ? Les jeunes générations, habituées à l’instantané numérique, trouvent parfois fastidieux l’assemblage d’un télescope, la mise en station, l’alignement… Meade n’a pas su pivoter vers cette clientèle connectée aussi vite que des marques comme Unistellar (télescopes intelligents avec IA intégrée).

Mais voici une vérité réconfortante : les étoiles s’en fichent éperdument. Que Meade existe ou non, Jupiter continue de tourner, Orion brille chaque hiver, et Andromède fonce vers nous à 110 km/s. Les télescopes Meade restent fonctionnels, leurs optiques intactes, leurs montures solides. La faillite d’une entreprise n’efface pas la physique. Et tant que des amateurs curieux pointeront ces tubes vers le ciel nocturne, l’héritage de Meade perdurera. 🌌

Conclusion : Meade en 2025, un choix éclairé plutôt qu’un pari risqué

La faillite de Meade en juillet 2024 a changé la donne, mais pas autant qu’on pourrait le croire. Les télescopes fonctionnent toujours, l’optique reste excellente, et la communauté astronomique compense largement l’absence de SAV officiel. Ce qui a disparu, c’est la sécurité du neuf avec garantie constructeur. Ce qui demeure, c’est la qualité intrinsèque de décennies d’ingénierie optique.

Si vous cherchez un télescope d’occasion entre 200 et 3000€, les Meade représentent d’excellentes opportunités. Un Polaris N 127/1000 à 280€ ? Foncez si l’optique est propre. Un LX90 8″ à 2000€ parfaitement fonctionnel ? C’est un deal qui n’existait pas il y a trois ans. La faillite a créé un marché d’occasion dynamique où les bonnes affaires surgissent régulièrement.

Pour le neuf, la prudence s’impose sur les modèles haut de gamme. Un LX85 à 4580€ sans garantie SAV solide représente un risque financier important. En revanche, les séries Infinity et Polaris encore disponibles en stock restent des choix pertinents : peu d’électronique, optique fiable, prix contenus.

Et puis il y a cette vérité simple : l’astronomie amateur se moque des bilans comptables. Que Meade existe ou non, Jupiter tournera demain soir au-dessus de l’horizon sud, Orion brillera cet hiver dans toute sa splendeur, et la galaxie d’Andromède continuera sa course vers la Voie Lactée. Les télescopes ne sont que des outils pour capter cette lumière voyageuse. Un bon outil Meade vaut toujours mieux qu’un mauvais outil d’une marque florissante.

Alors si vous tombez sur un Meade qui vous fait de l’œil, posez les bonnes questions, vérifiez les points essentiels, et si tout est vert : pointez-le vers Saturne. Quand vous verrez ces anneaux impossibles flotter dans le noir de l’espace, suspendus par les lois de la gravitation à 1,4 milliard de kilomètres, vous comprendrez que la magie opère toujours. Et que certaines choses transcendent les péripéties terrestres des entreprises qui les fabriquent.

Bonnes observations sous les étoiles. 🌠✨

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